Les Vascoeuillais ont pris leur mal en patience, attendant l'heure de la libération.

Comment le village sort-il des affres de l'occupation ?

En juin 1944, le débarquement de Normandie ouvre une période nouvelle dans le conflit. La libération semble enfin s'annoncer.

C'est alors qu'un événement mystérieux prend place à proximité du village. En effet, dans les semaines qui suivent le débarquement américain, un soir, à la ferme de l'Ile Dieu, débarquent de hauts officiers allemands. Les habitants de la ferme sont priés de quitter la salle et d'aller se « reposer ». Les officiers allemands déplient des cartes d'Etat-major sur la table et sortent une tourie de 10 litres de goutte pour se donner du cœur à l'ouvrage. À l'extérieur, les soldats allemands montent la garde et un homme qui se trouve dans le champ en face pour voler des pommes de terre se fait tirer dessus ! On évoque des généraux présents ce soir-là. Sans qu'il y ait certitude, il est possible qu'un de ces hommes ne soit autre qu'Erwin Rommel alors en poste à la Roche-Guyon et chargé d'organiser la défense de la Normandie face à l'arrivée des troupes anglo-saxonnes.


À Vascoeuil, il faut attendre fin août pour qu'enfin le village soit libéré de l'occupation allemande. Trois journées stratégiques marquent cette libération. Au soir du 28 août 1944, Maurice LEGRAIN tire sur des soldats allemands qui veulent ouvrir une barrière rue de la ferme. Des otages sont pris par les Allemands : Noël LEROY, Maurice LEGRAIN, Louis PREVOST, Ernest GROUT, Ramdane ZONANI et le chef de gare JOUSSELIN. Ces otages sont emmenés dans la ferme d'Ernest GROUT. Mais l'arrivée des troupes canadiennes étant imminente, la panique s'empare des troupes allemandes qui quittent rapidement les lieux dans la nuit, abandonnant les otages à leur sort.


Le 29 août, des mouvements de troupes opèrent dans le secteur. Les Allemands se retirent, laissant derrière eux quelques soldats chargés de protéger leur repli. Dans le village, deux canons 75 allemands sont positionnés, l'un derrière l'église, à l'angle du monument aux morts, l'autre à l'intersection de la rue de l'Ile Dieu et de la route du Mesnil Perruel.

En fin d'après-midi, deux chars canadiens en reconnaissance, venant de Perriers-sur-Andelle, parviennent aux abords de la ferme de l'Ile-Dieu. Le canon allemand situé près des maisons Coqueval ouvre le feu et détruit un des deux chars canadiens qui explose, communiquant ainsi le feu à la grange voisine dans laquelle certains habitants de Vascoeuil ont trouvé refuge. La charpente du bel édifice se consume en plusieurs jours. Un soldat allemand qui tente alors de fuir par le portillon situé au fond de la cour de la ferme est abattu par l'autre char canadien. Son corps va rester trois jours au même endroit, dans le pré, avant d'être enterré. Il sera rapatrié en Allemagne quelques années après la guerre.

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Le 30 août, tout semble calme, mais ce répit est trompeur. Les enfants de Vascoeuil qui sont allés au devant des forces de libération venant de Rouen et qui sont montés sur un char doivent en descendre au plus vite car des soldats isolés continuent de tirer. Dans la ferme située près du château, les Canadiens font prisonnier des soldats allemands. Les derniers foyers d'insécurité étant maîtrisés, on peut désormais enfin songer à un retour à la normale.

La seule ombre au tableau, dans cette ambiance festive de la libération, réside dans les règlements de compte hâtifs orchestrés par les FFI, à Vascoeuil comme ailleurs, qui ont laissé dans les mémoires comme un goût de cendre.


Au village, l'arrivée de troupes étrangères constitue un événement extraordinaire. Des GI'S noirs logent à l'ancien entrepôt de la Gare, devenu salle DELAPORTE, et au château. Ces militaires prennent en pitié les enfants du village et leur donnent haricots rouges, chocolat, cigarettes... C'est ainsi que le chewing-gum, denrée précieuse inconnue des enfants, fait son entrée dans l'histoire du village !

Avec la fin de la guerre, Vascoeuil semble pouvoir renouer avec son rythme de vie passé. Mais ce que ses habitants ne savent pas à l'époque, c'est que les choses ne seront plus jamais tout à fait pareilles. Notre village, tout comme le reste du pays d'ailleurs, s'achemine désormais lentement mais sûrement vers une période nouvelle de son histoire qui lui permettra de rompre avec le passé et d'entrer de plain-pied dans la modernité.

Jean-Joseph LE BROZEC

Tous mes remerciements vont, une fois encore,
à Madame VARD,
Madame et Monsieur ALLARD,
Madame et Monsieur GROUT,
Madame et Monsieur MANCELLE
et Monsieur PERDOUX.
C'est grâce à la fraîcheur de leur mémoire que cet article peut reposer sur l'histoire vécue.