Les conditions de vie sont bien difficiles.

La présence des Allemands n'impose-t-elle pas aussi de prendre position ?

L'occupation, on le sait, a poussé les autorités françaises de Vichy dans la voie de la collaboration. À Vascoeuil, aucun fait de collaboration notoire n'est resté ancré dans les mémoires. On se souvient bien de ragots circulant à l'époque sur telle ou telle personne supposée entretenir des liens trop proches avec les Allemands.

Le maquis des Diables noirs ne se prive d'ailleurs pas d'envoyer aux personnes suspectées un petit cercueil appelant à la prudence et à la retenue ! Mais dans l'ensemble il ne semble pas que les forces favorables à la collaboration aient trouvé de réel appui dans le village.

Le fait est que les actions menées par la résistance ont bien davantage marqué les esprits.

À la ferme du château de Vascoeuil, Monsieur Pierre vit sous un nom d'emprunt. C'est en réalité un résistant de Livarot évadé qui est venu se cacher là.

Il convient aussi d'évoquer le remarquable combat mené contre les forces d'occupation par le maquis des Diables noirs. Ce dernier est dirigé par Raoul Boulanger qui a réussi à accréditer la thèse d'un mystérieux Fantômas menant les opérations alors que c'est bien lui qui tient les rênes de l'organisation.vasc_guerre_photo_2_version_dfinitive

Le QG du maquis se situe dans la ferme des Ventes à Saint-Denis-le-Thiboult. Les frères Boulanger ont construit un ingénieux système qui permet d'héberger un grand nombre d'hommes. Un souterrain prend naissance dans un placard de la maison et comporte une sortie dans une marnière. On a compté, dans les infrastructures souterraines, jusqu'à 70 lits !

Le réseau est largement alimenté par nombre de jeunes hommes fuyant les réquisitions de main d'œuvre imposées par le STO. Les hommes sont masqués et réceptionnent des armes lors de parachutages. Ils organisent aussi des attentats.

À Vascoeuil, le maquis des Diables noirs vient un soir, vers 18h30, faire une descente à l'agence postale afin de voler des cartes de rationnement. En repartant, les maquisards prennent soin de ligoter le couple afin qu'il ne soit pas inquiété par les autorités d'occupation.

Des opérations plus risquées sont organisées tel ce barrage sur la route de la Queue de Bois visant à retarder un convoi allemand.

Le pont de chemin de fer de l'Ile Dieu est, quant à lui, dynamité en septembre 1943, ce qui pousse les Allemands à réquisitionner des Vascoeuillais, la nuit, pour surveiller la ligne afin d'éviter de nouveaux attentats.

Arrêté au printemps 44 sur dénonciation, déporté vers l'Allemagne le 1er mai, Raoul Boulanger revient vivant de déportation le 1er mai 1945. Beaucoup d'autres membres du réseau n'ont pas cette chance. On se doit de saluer le courage de tous ces hommes et de ces femmes qui, au nom de la liberté, ont perdu la vie.

Refusant la voie de la collaboration et ne pouvant, pour des raisons de sécurité, entrer dans les rangs de la résistance, la masse de la population du village est, comme partout ailleurs, attentiste. Cela veut dire qu'elle se refuse à toute compromission avec l'ennemi même lorsque celui-ci fait preuve de correction.

Ainsi cet allemand qui se découvre au passage du corps, lors d'un enterrement à la Glacière, ou ces officiers allemands qui, de passage dans le village, s'efforcent de parler un bon français et font preuve de tenue.

De même, l'admiration, ou l'empathie en faveur des résistants, peut vite trouver ses limites lorsque les actions menées par ces groupes armés ont pour conséquence des représailles allemandes avec prise d'otages.

Les Vascoeuillais ont ainsi pris leur mal en patience, attendant l'heure de la libération.

Comment le village sort-il des affres de l'occupation ?

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