Vascoeuil pendant la Seconde Guerre mondiale

Il est de ces événements qui marquent durablement leur temps, la Seconde Guerre mondiale est sans conteste de ceux-là. Si les étapes majeures du conflit sont relativement bien connues, il n'en va pas forcément de même de l'histoire au quotidien d'une commune comme la nôtre.

Comment le village de Vascoeuil a-t-il traversé la tourmente ?

Après l'intermède de la Drôle de Guerre, de l'hiver 1939-1940, la France entre pleinement dans le conflit en mai - juin 1940. Avec la débâcle de l'armée française, l'exode bat son plein.

À Vascoeuil, on voit d'abord arriver sur les routes des réfugiés venant du Nord. Certains racontent pourquoi ils ont fui l'avancée des armées allemandes. Dans le village, beaucoup se laissent aller à la panique et décident de fuir, rejoignant ainsi les cohortes de gens qui hantent les routes de France. Il faut dire que l'absence des hommes, pour la plupart mobilisés, rend ces heures plus angoissantes encore.

Vascoeuil se vide donc, comme partout ailleurs, d'une partie de sa population. Même dans les fermes, on abandonne tout y compris le cheptel qui se trouve livré à lui-même.

Madame MORICE propose aux Vascoeuillais qui le souhaitent de fuir vers la Mayenne où elle a de la famille. Dans la précipitation, on trouve un car chez DRELY. Marcel, un jeune homme du village âgé de 18 ans, accepte de conduire le véhicule. Les gens s'entassent dans le car mais la place manque. Monsieur DUBUC, le charcutier, propose les services de sa camionnette. Celle-ci manquant d'essence, on l'attelle derrière le car. On imagine volontiers le caractère spectaculaire de l'expédition !


Le village n'a cependant pas à souffrir de destructions massives comme tant d'autres lieux de Normandie. Contrairement aux villes comme Neufchâtel ou Caudebec-en-Caux qui sont, en juin, la proie des flammes, notre commune sort indemne de l'invasion. De retour d'exode, les Vascoeuillais découvrent vite les rigueurs de l'occupation. Certains se voient dans l'obligation de loger des soldats allemands.

Mais les autorités ennemies préfèrent cantonner les hommes de troupe dans des lieux permettant leur regroupement comme le Château de Vascoeuil qui, à l'époque, est loin d'être dans l'état qu'on lui connaît aujourd'hui et qui est l'objet d'une occupation épisodique. Le château de Belmesnil, à Saint-Denis-le-Thiboult, et le château de Perruel connaissent une présence de troupes plus permanente.

La population se trouve confrontée à une période de privations qui a durablement marqué les esprits. Certes la proximité des fermes permet aux habitants de s'approvisionner en denrées alimentaires de base et ne vaut pas aux villageois des sacrifices aussi durs que ceux de leurs congénères des grandes villes soumis à la logique des files d'attente et au caractère dangereux du marché noir. Il n'en reste pas moins vrai qu'il n'est pas facile de trouver certains produits et qu'on vit, ici comme ailleurs, du système D et de la recherche de solutions de remplacement.

Les Vascoeuillais sont en outre mal informés, beaucoup ayant dû déposer leur poste de TSF en mairie. Par ailleurs, des consignes strictes circulent quant à la défense passive. On impose aux habitants du village qui n'ont pas de volets aux fenêtres de peindre en bleu les carreaux afin de rendre invisible de l'extérieur les éclairages, en cas de raid. La guerre est bien là !

vasc_guerre_photo_1_version_dfinitiveLe village, en effet, n'est pas épargné par les bombardements. Certes, la situation des Vascoeuillais n'a rien de comparable avec celle des populations civiles du Havre ou de Rouen cruellement touchées par les raids alliés. Mais la présence de la gare et le trafic de marchandises qu'elle génère, sans oublier le transport d'armes lié à la proximité du camp allemand de La Haye, constituent une épée de Damoclès pour les riverains des infrastructures ferroviaires.

Il arrive que des bombes touchent les propriétés voisines. Un bâtiment de la ferme RUBIN située au bord de l'Andelle, proche du pont de chemin de fer aujourd'hui disparu, a ainsi sauté. Les habitants de la gare préfèrent déménager et s'installent chez les GROUT, rue de la Ferme.

Seul Monsieur JOUSSELIN, le chef de gare, se rend tous les jours à son travail. De même, le pont de Croisy-sur-Andelle, sur la Nationale, constitue une cible de choix pour les bombardiers alliés.

Des événements peuvent, un temps, faire passer au second plan la dureté du conflit.

Ainsi on se souvient encore de ce réservoir en aluminium qu'une forteresse volante a un jour largué dans un champ, près du château de Vascoeuil. Les enfants délurés du village, pour lesquels la gravité du conflit n'apparaissait pas avec la même force, se sont alors fait fort de transformer ce cadeau du ciel de plus de deux mètres de long en embarcation l'été et en luge l'hiver !

Pour les enfants, le conflit constitue une source inépuisable de jeux. On s'amuse à faire la guerre comme les adultes.

On n'a pas oublié non plus qu'un char allemand en panne de frein a dévalé la côte de Rouen et s'est retrouvé encastré dans la maison située au bas de la côte, après avoir balayé sur son passage plusieurs pommiers.

Un char en panne a été réparé avec les moyens du bord par les soldats allemands sur le pré LECLERC. Les militaires ont creusé au sol une sorte de fosse sous l'essieu à changer. Les pièces défectueuses, restées en place après la réparation de fortune, sont enterrées par les Allemands. On les a retrouvées lorsqu'on a terrassé le terrain pour construire le plateau sportif !

Mais ce qui prime par-dessus tout, c'est évidemment l'inquiétude. Au-delà des problèmes de subsistance auxquels les villageois sont soumis, il leur faut affronter cette lancinante inquiétude. On se méfie de tout le monde. Pas des proches, bien sûr, en lesquels on a toute confiance, mais des gens du voisinage.

On craint les dénonciations ou les prises d'otage dont on entend régulièrement parler. Par mesure de précaution et sans doute aussi parce que le système d'éducation en usage à l'époque s'y prête, on évite de parler de la résistance devant les enfants.

On le voit, ces conditions de vie sont bien difficiles. La présence des Allemands n'impose-t-elle pas aussi de prendre position ?

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