clocher1Dominant le village de toute sa hauteur, le clocher de l'église de Vascoeuil se détache du restant de la bâtisse par son caractère élancé et par la nature des matériaux utilisés. La réfection actuelle de sa toiture nous invite à retourner aux sources de son histoire.

 

Ce clocher n'a pas toujours été à son emplacement actuel. Son architecture était même fort différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Des documents, provenant des archives de la famille Delaporte et datant du XIXème siècle, nous montrent une petite église paroissiale au caractère champêtre marqué présentant sur son transept nord un clocher trapu en pierre, d'architecture gothique et à la toiture octogonale. Ce clocher n'était pas sans rappeler celui de Perriers-sur-Andelle, encore visible aujourd'hui à la croisée du transept de l'église.

 

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Sur la façade occidentale, à l'emplacement du clocher actuel prenait place un petit porche hors-œuvre aux piliers de briques et aux pans de bois ajourés. Dans certaines régions on appellait cette construction le « caquetoire », le lieu où, dit-on, l'on se plaisait à discuter, à l'abri de la pluie. L'entrée dans l'église se faisait sous le porche par un portail en plein-cintre avec colonnettes, chapiteaux et arc mouluré orné de motifs.

 

Malheureusement, dans les années 1860, l'état du clocher devint alarmant. Pourtant réparé en 1776, il menaçait ruine. En avril 1870, le conseil municipal décide de le restaurer. Une souscription volontaire est lancée mais la guerre de 1870 et l'occupation de la région par les Prussiens retardent l'aboutissement du projet. Le 28 novembre 1872, le Conseil municipal relance la question et fait le choix de reconstruire le clocher à neuf plutôt que de réhabiliter l'ancien. On raconte que la rivalité avec Perruel, dont le clocher était alors plus élevé, ne fut pas étrangère à cette décision. Il s'agissait de faire plus haut !

 

clocher2Le coût de la construction du nouveau clocher se monte alors à 9 730 Francs. La souscription volontaire, faite en 1870, avait rapporté 3 778 Francs. On demande au Département une aide de 3 052 Francs. Il reste donc 2 900 Francs à la charge de la commune. C'est une lourde somme pour un village peuplé alors de 376 habitants et qui a dû « héberger » pendant 6 mois 170 hommes et 180 chevaux du fait de l'occupation prussienne ! L'ancien clocher qui aurait pu être sauvé, puisque sa restauration était évaluée par l'architecte diocésain Barthélémy à 6 000 Francs, est arasé à la hauteur des autres murs de l'église et une charpente vient couvrir ce qui fait désormais office de bras nord du transept. Le recours à la brique industrielle donne à l'église sa physionomie actuelle. Quant aux pierres du vieux clocher, elles servirent sans doute à achever la clôture du cimetière.

 

La toiture du clocher a par la suite été plusieurs fois réhabilitée. Une photographie provenant de chez l'abbé Aubry et datant, semble-t-il, du tout début des années 50 montre la flèche ceinte d'échafaudages sur lesquels quelques Vascoeuillais téméraires posent pour la photo !

 

La dépose du coq n'était pas quelque chose d'anodin dans un village. C'était l'occasion de manifestations et de la réalisation d'une quête. Le coq était baladé dans les rues et l'on y accrochait des rubans de tissu. L'avant dernière fois que le coq a été déposé remonte à 1965. Certains élèves de Madame Léger se souviennent encore de l'événement. Lors de la dernière dépose du coq, en avril 2009, une bande de plomb qui se situait à la base de celui-ci a été découverte. Sur celle-ci on peut lire l'inscription suivante « 1909, Huissemanne 27 ans, Arsonnet Eugène âgé de 20 ans, 1909 » !

 

Le clocher se compose de différents niveaux. Au rez-de-chaussée, il abrite une pièce sous forme de porche qui permet d'accéder à l'église. Au plafond, une trappe a été ménagée pour le passage des cordes des cloches. Autrefois, ces cordes pendaient du plafond et les enfants chargés de les faire sonner prenaient grand plaisir à monter le plus haut possible, sous la poussée du mouvement de la lourde cloche.

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L'accès au niveau supérieur du clocher se fait par un escalier qui prend naissance dans le bas-côté Nord de la nef. Au premier étage, une petite pièce vitrée, illuminée par des vitraux aux motifs géométriques et ouverte sur la nef qu'elle domine, comporte elle-aussi une trappe au plafond. Sur le côté, une échelle de meunier très raide permet de poursuivre l'ascension. On débouche ainsi à l'étage des cloches.

Trois cloches se superposent dans un espace de taille assez réduite. Deux sont relativement récentes puisqu'elles datent de 1874 : Sophie Clémentine et Augustine (grands diamètres : 0,86 et 0,69). La troisième, la plus importante (grand diamètre : 0,90) est aussi la plus ancienne puisqu'elle date de 1583 ! Elle a été offerte par les familles de Moy, de Limoges et Dumoucel. A l'extérieur, à même hauteur, on trouve deux cloches situées au niveau des abat-sons de la face Est. Toute proche, une troisième cloche se trouve curieusement implantée sur le faîtage de la toiture de la nef. Ce sont donc six cloches dont dispose l'église.

 

Un nouvel escalier de meunier permet d'accéder à l'étage des horloges et de leur mécanisme. Deux des horloges, estampillées Henry Roy, sont datées de 1874. Le mécanisme ancien est toujours en place dans le clocher mais a été remplacé par un système électrique autonome. Une dernière volée de marches mène à la partie supérieure du clocher.

 

 

Paré de sa nouvelle toiture et d'un coq flambant neuf, notre clocher sera bientôt prêt à affronter vaillamment de nouvelles décennies, rythmant notre vie du son de ses cloches...

 

Jean-Joseph LE BROZEC